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Retards mentaux liés à l'X : aspects cliniques et évolution

Il a été clairement démontré par diverses études épidémiologiques que le retard mental est plus fréquemment observé chez les garçons que chez les filles, le sexe ratio variant de 1,3 à 1,9 selon les séries. En effet, 25 à 50 % des retards mentaux seraient liés à des gènes localisés sur le chromosome X. Le syndrome de l'X fragile fut longtemps la seule cause connue de retard lié au chromosome X (RMLX).
Depuis dix ans, une vingtaine de nouveaux gènes impliqués dans des RMLX ont été identifiés et le rythme de découverte de nouveaux gènes ne cesse de s'accélérer. Une centaine de gènes est probablement impliquée, sur le seul chromosome X. La découverte de ces nouveaux gènes a permis des avancées sensibles dans la compréhension des mécanismes physiopathologiques des processus cellulaires et moléculaires impliqués dans les déficiences mentales.

Cependant, pour le clinicien, en quoi la découverte de ces nouveaux gènes modifie-t-elle la démarche diagnostique devant une déficience mentale inexpliquée ? Aucun arbre décisionnel basé sur la clinique n'est actuellement disponible pour les retards mentaux "non spécifiques" ou isolés, pour lesquels aucun marqueur biologique, radiologique ou morphologique ne permet d'orienter le diagnostic. D'autre part, certains gènes connus comme responsables de syndromes précis sont aussi incriminés dans des formes non spécifiques de déficience mentale, démontrant l'existence d'un continuum entre les retards mentaux syndromiques et non spécifiques. Pourtant, un des objectifs du diagnostic clinique est d'être en mesure d'évoquer un RMLX devant un cas sporadique, avant qu'un deuxième cas familial vienne confirmer le caractère héréditaire... Cela implique qu'un phénotype clinique précis reconnaissable ait été précisé pour chaque gène de RMLX, afin d'orienter la recherche de mutations dans tel ou tel gène selon la clinique.
Grâce à l'étude clinique et radiologique de groupes homogènes de patients porteurs d'une anomalie dans le même gène, des phénotypes cliniques propres à chacun des gènes sont progressivement décrits.

A titre d'exemple, les mutations du gène Oligophrénine-1 initialement identifiées dans des familles atteintes de déficience mentale apparemment "non spécifique", sont en fait responsables d'un phénotype caractéristique clinique et radiologique. De même, les patients porteurs d'une mutation du gène ARX ont été réexaminés et filmés, permettant de décrire une forme particulière de dyspraxie buccale et gestuelle de sévérité variable, y compris chez des patients atteints de déficience mentale apparemment isolée. Autre exemple, chez plusieurs garçons atteints de syndrome d'Asperger, une mutation faux sens du gène MECP2 a été identifiée.
Progressivement, une orientation diagnostique se met en place en fonction de signes cliniques associés à la déficience intellectuelle : microcéphalie, signes autistiques, dyspraxie, anomalies cérébelleuses... Des exemples sont présentés. Malgré des études cliniques fines, certains gènes comme Rab GDI, semblent impliqués dans des déficiences mentales "pures" . Ces groupes de patients constituent des modèles d'étude des processus cognitifs et des réseaux neuronaux impliqués dans l'apprentissage.

V. des Portes, A. Curie, G. Bussy pour les Journées de Neurologies de Langue Française – 04/07

 

Quelques gènes en cause dans des retards mentaux liés au chromosome X:

gêne

nom

locus

Nom des syndromes associés

Retards mentaux syndromiques

FMR1

 

Xq27.3

Syndrome de l’X fragile (site FRAXA)

ARX

 

Xp22.1

Syndrome de Partington
syndrome XLAG (X-linked lissencephaly with abnormal genitalia) ou syndrome de Berry-Kravis
Syndrome de Proud
Spasmes infantiles liés à l’X

MECP2

 

Xq28

Syndrome de Rett
PPM-X (psychosis, pyramidal signs, macroorchidism)
Retard mental avec spasticité (Meloni)

CDKL5

STK9

Xp22

Syndrome de Rett variant
Crises partielles précoces +/- Spasmes infantiles
ISSX

PQBP1

 

Xp11.23

Renpenning syndrome
Sutherland syndrome
Golabi-Ito-Hall syndrome

XNP

 

Xq13.3

Syndrome ATR-X (alpha thalassémie RM lié à l’X)
Syndrome de Juberg-Marsidi
Syndrome de Chudley-Lowry
Syndrome de Smith-Fineman-Myers
Syndrome de Carpenter-Waziri
Syndrome de Holmes-Gang
Syndrome de Martinez

JARID1C/ SMCX

 

Xp11.22

microcéphalie

DCX

 

Xq23

Syndrome SCLH (subcortical laminar heterotopia)
XLIS

OPH1

 

Xq12

Retard mental lié à l’X avec hypoplasie cérébelleuse

PHF8

 

Xp11.22

Syndrome de Siderius-Hamel

PHF6

 

 

Sd de Börjesson, Forssman, Lehmann

 

Gènes causant un RM non syndromique (pour le moment)

FMR2

 

 

X fragile site FRAXE (RM non spécifique léger)

GDI1

 

 

 

AGTR2

 

 

 

ZNF41, ZNF 81, ZNF 674

 

 

Gènes des zinc finger protéines

ILIRAPL1

 

 

Interleukine 1 receptor accesory proteine like 1 ;

TM4SF2/TSPAN7 tetraspanine 7

 

DLG3

 

 

 

FTSJ1

 

 

 

FACL4

 

 

 

PAK3

 

 

 

MECP2

 

 

 

SCLC6A8

 

Xq28

Déficit en transporteur de la créatine

Tous les autres…

Source: Pr Vincent des Portes - Déc 2006

Programmes de recherche en cours:

Phénotype clinique des patients français présentant une mutation sur le gène ARX (à télécharger)

Physiopathologie des RMLX:

Essais thérapeutiques de nouvelles mollécules: